Entretien avec Pauline Van Den Bulcke, Présidente du Club des chargeurs de l'ouest

Entretien avec Pauline Van Den Bulcke, Présidente du Club des chargeurs de l'ouest

20 février 2026
Conteneurs
Créé à l’initiative de Pauline Van den Bulcke, Directrice export de U Logistique, en lien étroit avec Nantes Saint-Nazaire Port, le Club des chargeurs de l’Ouest veut fédérer les industriels et logisticiens du territoire. Avec une ambition : parler d’une seule voix pour défendre leur compétitivité et relancer l’attractivité maritime de Montoir de Bretagne.

Pourquoi avoir créé le Club des chargeurs de l’Ouest ?

PVDB : Historiquement, Montoir était le seul grand port français à ne pas disposer d’une association de chargeurs. Il manquait une structure capable de parler d’une seule voix au nom des industriels, des logisticiens et des chargeurs. Le contexte récent (entre le rapport de la Cour des Comptes et la fin de la ligne Antilles par CMA-CGM) a accéléré cette prise de conscience : plutôt que de subir, il fallait s’organiser collectivement.

Aujourd’hui, le port de Montoir traite environ 120 000 Équivalents Vingt Pieds (EVP) : il faudrait atteindre au moins 200 000 EVP pour viabiliser son économie et lui permettre de proposer des tarifs plus compétitifs aux chargeurs.

Ce contexte récent a donc été un déclencheur ?

PVDB : L’arrêt de la ligne Antilles a surtout révélé notre dépendance : trop de flux du Grand Ouest remontent par camion vers Le Havre. C’est un non-sens économique et environnemental.

L’idée est de redonner à Montoir une place crédible dans la logistique maritime française, en anticipant les mutations à venir et notamment la taxation du transport routier déjà appliquée chez certains de nos voisins européens.

Quels acteurs retrouve-t-on dans ce Club ?

PVDB : Les fondateurs sont U Logistique, que je représente, et Manitou Group, mais nous avons déjà élargi à d’autres secteurs : industrie, agroalimentaire, BTP… Nous travaillons aussi avec des partenaires logistiques. Plusieurs grands groupes ont manifesté leur intérêt et d’autres devraient nous rejoindre. L’idée est vraiment d’ouvrir le Club à toutes les entreprises du Grand Ouest, même à celles qui n’utilisent pas encore le port de Montoir.

Les dockers sont également associés à cette démarche. Pouvez-vous nous en dire plus ?

PVDB : Oui, et c’est une avancée majeure. Pour la première fois, tous les acteurs se sont retrouvés autour d’une même table : dockers, direction de Nantes Saint-Nazaire Port, compagnies maritimes, collectivités… Cette première réunion, organisée début octobre à l’initiative des dockers, a permis de poser un diagnostic partagé et d’envisager, ensemble, des pistes pour redonner du volume à Montoir.

Comment fonctionne le Club aujourd’hui ?

PVDB : Nous avons voulu une structure simple, ouverte et opérationnelle. Il n’y a pas de “petits” ou de “grands” membres : toute entreprise qui expédie ou reçoit des marchandises peut nous rejoindre. Concrètement, nous travaillons à travers plusieurs groupes de travail par thématiques identifiées dans une logique de benchmark et de mutualisation. L’objectif est de partager nos expériences, de comparer nos pratiques et de définir ensemble les priorités d’action.

Quelles sont précisément ces priorités pour les mois à venir ?

PVDB : En plus de fédérer et de recruter, nous devons travailler avec les compagnies pour attirer de nouvelles lignes, mais également améliorer la régularité des services actuels, notamment du feeder Montoir-Le Havre. Ce service n’est aujourd’hui assuré qu’une fois tous les dix jours, alors que la norme maritime est hebdomadaire : sans cette régularité, il est difficile de piloter efficacement la supply chain et d’assurer les connexions avec les grandes lignes.

Plus largement, quelles perspectives voyez-vous pour Montoir ?

PVDB : Il s’agit de montrer que le Grand Ouest dispose d’un important potentiel industriel et logistique. C’est d’ailleurs le message que j’ai porté lors de l’International Week à Laval, organisée fin septembre avec Mayenne International. J’en suis convaincue, ce n’est qu’à travers une action commune entre chargeurs, port, collectivités et acteurs sociaux que nous pourrons redonner à Montoir sa place sur la carte portuaire.

 

Article issu du magazine West Link de février 2026, pour le consulter cliquez sur ce lien