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Les nouveaux défis de l'industrie nautique

Gravement touchée par la crise de 2008, l’industrie nautique constitue aujourd’hui un secteur économique majeur du grand Ouest. La filière doit cependant s’adapter en permanence à un secteur en éternelle mutation : nouveaux usages, déconstruction… Rencontre avec Guillaume Arnaud des Lions, Délégué général adjoint de la Fédération des industries nautiques (FIN).

Comment se porte la filière nautique aujourd’hui ?
Elle a connu une grave crise il y a une dizaine d’années avec une perte de près de 50 % de son chiffre d’affaires. Depuis 2016, elle a repris des couleurs. Cette bonne santé retrouvée est principalement due à l’export qui représente 75 % de la production française.


Le marché français est-il concerné lui aussi par cette embellie ?
Il va mieux également, même si l’occasion représente encore la majeure partie des transactions. Mais les deux activités sont complémentaires. Les plaisanciers commencent souvent par acheter un bateau d’occasion avant de passer petit à petit au neuf.


Les usages évoluent également. De quelle manière ?
Pendant des années, la propriété était la règle. Chaque plaisancier possédait son propre bateau. Aujourd’hui, l’économie de l’usage se développe avec la multipropriété ou les boat clubs. Pour l’instant, le marché n’est pas encore significatif, mais la tendance se renforce.


Comment les entreprises peuvent-elles anticiper ces nouveaux usages ?
La partie services va prendre de plus en plus d’importance. Certains grands constructeurs s’y intéressent déjà, comme le groupe Beneteau. D’autres s’adressent à des entreprises de services pour faire évoluer leur offre. Ce type d’évolution est une des clés du développement de la filière.


Ces nouveaux usages ne vont-ils pas faire baisser la construction de bateaux neufs ?
Pas forcément. Pour répondre aux demandes des clients, il faut des bateaux récents et une gamme qui se renouvelle en permanence. Le partage d’un bateau peut finalement se transformer en opportunité pour les constructeurs.

La plaisance est particulièrement concernée par le respect de l’environnement. Comment la filière prend-elle en compte les nouvelles contraintes légales ?
Le nautisme est une activité de pleine nature. On se tirerait une balle dans le pied si on ne prenait pas en compte ces préoccupations. Depuis une quinzaine d’années, la FIN se penche sur la fin de vie des bateaux. En 2009, nous avons créé l’Aper (association pour la plaisance éco-responsable) ainsi qu’un centre expérimental de déconstruction. Jusqu’à 2018, 2 500 bateaux ont ainsi été déconstruits. Le système fonctionnait sur la base du volontariat et les coûts étaient supportés par les propriétaires.


Où en est la situation aujourd’hui ?
Depuis le 1er janvier 2019, la loi stipule que tout constructeur doit prouver qu’il a anticipé la fin de vie du bateau. Ce n’est pas évident pour des petits chantiers qui doivent se projeter à un horizon d’une quarantaine d’années. Pour les aider, la FIN, à la demande des constructeurs français, a fait agréer l’Aper pour devenir l’éco-organisme officiel sur la question. Soixante entreprises ont déjà adhéré à la démarche, soit 85 % des bateaux mis sur le marché.

Concrètement, comment vont se dérouler les opérations de déconstruction ?
Chaque plaisancier peut contacter l’éco-organisme pour être mis en relation avec un centre de déconstruction agréé. Les premiers ont ouvert en avril et les autres devraient suivre d’ici à la fin du premier semestre 2019. Excepté le coût du transport, tous les frais seront pris en charge grâce à une taxe perçue sur la vente de bateaux neufs en France.


Avez-vous des objectifs chiffrés en termes de déconstruction ?
Nous envisageons de traiter entre 20 000 et 25 000 unités sur les 5 prochaines années. Nous mettons en place une filière globale dans une logique d’économie circulaire. Nous avons également créé un cours en ligne, un « Mooc », pour rappeler les bonnes pratiques aux plaisanciers. Il est accessible sur le site de la FIN.

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