Nantes Saint-Nazaire Port Le magazine n°97

5 LE GROUPE CHINOIS COFCO (CHINANATIONALCEREALS, OILSAND FOODSTUFFS CORPORATION) ESTDEVENU UNACTEURMAJEUR DES ÉCHANGES MONDIAUX DE PRODUITS D’ALIMENTATION DU BÉTAIL. SON DIRECTEUR COMMERCIAL FRANCE, THIERRY RENAULT, DRESSE UN ÉTAT DES LIEUX DU MARCHÉ ACTUEL. POUR LUI, LES GRANDES MULTINATIONALES PEUVENT RÉUSSIR À IMPOSER DES PRATIQUES VERTUEUSES À DES ÉTATS QUI NE LE SONT PAS TOUJOURS. Quelles sont les activités principales de Cofco dans le monde ? > Thierry Renault : Le groupe assure le sourcing, le stockage, le fret et le trading de nombreuses productions agricoles (sucre, café, coton) sur tous les continents. Concernant les céréales et les oléagineux, nos actifs sont principalement basés en Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Cofco dispose d’une capacité de stockage totale de 35 millions de tonnes. Que représente la France dans ce marché ? > Thierry Renault : C’est une toute petite partie de notre activité. Nous importons 700 000 tonnes de tourteaux de soja d’Amérique du Sud et 250 000 tonnes de tourteaux de tournesol venus principalement d’Ukraine. Pour le tournesol, le marché est en train d’évoluer fortement. Les Chinois s’intéressent de plus en plus à l’Ukraine. Ils souhaitent réduire leur dépendance au tournesol venu des États-Unis. Cela crée des tensions sur ce marché et une hausse des prix. Le marché se reporte vers l’Amérique du Sud, principalement l’Argentine. Quelle est l’influence de la guerre commerciale (trade war)  que se livrent la Chine et les États-Unis ? > Thierry Renault : Elle est énorme. En 2018, Thierry Renault, Directeur commercial de Cofco “Les grands groupes peuvent imposer des pratiques vertueuses” les États-Unis ont augmenté de 25 % les taxes sur leurs graines à destination de la Chine. Il y a donc un report vers l’Amérique du Sud où les prix sont plus attractifs. Mais là aussi, ces derniers augmentent du fait de la hausse de la demande. Paradoxalement, cela facilite pour les Européens l’accès aux graines produites aux États-Unis. D’autres facteurs influent-ils sur les prix actuels ? > Thierry Renault : Depuis 5 ans, le prix du soja était assez élevé du fait de mauvaises récoltes et de faibles rendements. Cette situation a profité au tournesol. Dans le même temps, la peste porcine a fait des ravages en Chine et a décimé plus de 40 % NANTES SAINT-NAZAIRE PORT LE MAGAZINE - N°98 - janvier 2020 les co-produits de l’éthanolerie, de l’industrie de la meunerie ou de l’amidonnerie. Cependant, toutes les sources de protéines ne se valent pas et le soja, grâce à ses qualités nutritionnelles, demeure un élément-clé des aliments concentrés. Le cas de cet oélo-protagineux est emblématique des grands enjeux actuels de la filière alimentation animale. Les consommateurs, de mieux en mieux informés, exigent une traçabilité et une durabilité sans faille sur tous les maillons de la filière. Le soja cristallise une partie de leurs critiques. Importé majoritairement d’Amérique du Sud, souvent génétiquement modifié, il est également accusé d’être une des causes de la déforestation en Amazonie. ENGAGEMENT D’AVENIR ET PARTENARIATS Depuis plusieurs années, les grands acteurs économiques de la filière multiplient les initiatives pour rendre le soja importé en France plus “durable”. Le volume des importations n’a cessé de baisser pour se stabiliser autour de 3,5 millions de tonnes. “En 15 ans, nous avons divisé notre consommation de soja par deux”, expliquait Jean-Michel Boussit, Vice-président du SNIA* lors d’une conférence de presse cet été. La France produit 80 % de ses besoins de matières premières utilisées en alimentation animale. Pour la part “incompressible” de soja importé, là encore, les industriels français font preuve d’innovation. Tous respectent le moratoire signé en 2006 interdisant d’acheter du soja sur des parcelles déforestées. Mais la majorité d’entre eux va plus loin. Ils contrôlent les zones exploitées par satellite, montent des partenariats avec les coopératives locales ou des ONG, réduisent les organismes génétiquement modifiés... Pour formaliser ces engagements, la France a lancé la plateforme Duralim il y a trois ans. Ses membres, acteurs majeurs de la filière, se sont engagés sur la durabilité de leur approvisionnement en matières premières. Avec une ambition affichée : atteindre au plus tard en 2025, 100 % d’approvisionnement durable avec un objectif de zéro déforestation ■ *Le SNIA, Syndicat National de l'Industrie de la Nutrition Animale est l’organisation professionnelle qui représente l’industrie de la nutrition animale. Pour le porc et la volaille, les aliments concentrés constituent l’essentiel des apports. Les industriels français respectent le moratoire signé en 2006 interdisant d'acheter du soja sur des parcelles déforestées.

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