Nantes Saint-Nazaire Port Le magazine n°95

NANTES SAINT-NAZAIRE PORT LE MAGAZINE - N°95 - janvier 2019 14 DE NANTES À SAINT-NAZAIRE D É V E L O P P E M E N T Montoir de Bretagne au premier rang Les acteurs portuaires au service du GNL Faire monter deux méthaniers sur la même marée, transférer le gaz de l’un à l’autre et les laisser repartir 24 heures plus tard. L’opération n’est pas simple. Elle nécessite la présence de deux pilotes sur chaque navire. Elle mobilise également l’ensemble des remorqueurs de Boluda. Le lamanage et, bien sûr, la capitainerie y sont étroitement associés. Grâce au contrat passé par Elengy et la société Novatek pour faire transiter le gaz de l’usine russe Yamal à Montoir de Bretagne, ces transbordements se multiplient. S’y ajoutent les opérations opportunistes, dites "spots" , inhérentes à ce marché très spéculatif. Lors d’un transbordement, les deux méthaniers se présentent à l’entrée de l’estuaire à l’étale de pleine mer. Une fois que le premier a accosté, il libère un de ses quatre remorqueurs qui peut alors rejoindre ceux qui accompagnent le second navire. UNE FORMATION POUSSÉE "Avant l’arrivée de chaque navire, nous réalisons un travail de mise en cohérence des différents mouvements du port, explique Christian Ribé, GRÂCE À SES OPÉRATIONS DE TRANSBORDEMENT DE GNL DE NAVIRE À NAVIRE, LE TERMINAL MÉTHANIER DE MONTOIR DE BRETAGNE S’EST POSITIONNÉ CETTE ANNÉE COMME L’UN DES PREMIERS EN EUROPE. UN SUCCÈS PARTAGÉ PAR TOUS LES ACTEURS PORTUAIRES. Commandant en second à la capitainerie. Les échanges se font en bonne intelligence avec Elengy pour avertir les autres usagers du port que l’ensemble des remorqueurs seront mobilisés pendant la durée de la manœuvre." De leur côté, les pilotes de Loire se sont formés aux spécificités des navires brise-glace, fabriqués pour Yamal. "Nous sommes entraînés depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, pour accueillir ce type de navires, note Stéphane Pousset, Président des Pilotes de la Loire. Dans la perspective du contrat signé par Elengy nous avons multiplié les heures de préparation. Dès 2017, un modèle numérique a été installé sur notre simulateur à Nantes. Cette démarche nous a permis de chercher les limites de ces navires dans les conditions propres à la Loire. Nous avons aussi simulé l’intégration de la montée de deux méthaniers dans le trafic portuaire." Ce travail de simulation a donné lieu à la création d’une habilitation spécifique. Les 13 pilotes habilités à monter sur les brise-glace ont tous suivi une formation de 14 jours dont 5 à Port-Revel, près de Grenoble, 4 pour décrocher leur Bridge Resource Management Certificate (gestion de ressources à la passerelle) et 5 au simulateur. À tel point que lorsque que l’un des brise-glace s’est vu refuser l’accès dans plusieurs ports européens, il a pu être accueilli en toute sécurité à Montoir. Le 2 mai 2018, alors qu’il est plein et prêt à partir de Russie, le méthanier brise-glace Boris Vilkitsky connaît une avarie. Un de ses trois "pods" arrières ne fonctionne plus. "Les 8 navires brise-glace construits spécifiquement pour Yamal ont un fonctionnement bien particulier, précise Laurent Herpin, Pilote major chargé des affaires nautiques à la station des Pilotes de la Loire. Ils sont "amphidromes" . Ils évoluent aussi bien en marche avant qu’en marche arrière, en particulier pour briser la glace. De plus, ils ne possèdent pas de propulseurs d’étrave." Après une étude attentive des conditions d’accueil du navire, et grâce à l’expérience acquise sur leur simulateur, les Pilotes de la Loire ont pu donner leur feu vert pour accueillir le Boris Vilkitsky , la capitainerie ayant validé ce mouvement. Le navire s’est ensuite rendu à Brest pour réparer son matériel défectueux. DES PRÉVISIONS ENCOURAGEANTES Cette performance symbolise l’implication des acteurs portuaires pour le développement du trafic GNL. L’année qui s’achève a vu Montoir se hisser aux premiers rangs des ports méthaniers en Europe. " Le contrat avec Yamal prévoyait un transbordement par mois en 2018, précise Bruno Michel, Directeur du terminal méthanier de Montoir. Aujourd’hui, nous en sommes à une vingtaine car sont venus UN ÉTÉ EXCEPTIONNEL "Nous avons assuré en 2018 environ 40 % des opérations européennes de transbordement, estime Bruno Michel, Directeur du terminal méthanier de Montoir. Un autre acteur, le terminal de Gate (Rotterdam), aux Pays-Bas, en a fait à peu près autant. Les flux vont augmenter dans les années à venir, d’autres ports se préparent à le proposer. C’est le cas de Zeebrugge, en Belgique, qui a également signé un contrat avec Novatek pour recevoir le gaz venu de Yamal. Certains terminaux anglais seront aussi bientôt en situation de compétition." En plus de la vingtaine de transbordements, Elengy a également procédé à une douzaine de rechargements "classiques". "Le marché est très actif, en particulier pendant l’été, poursuit Bruno Michel. La Chine reconstitue ses réserves de gaz à ce moment-là en prévision de l’hiver. Les Russes se sont retrouvés avec trop peu de méthaniers brise-glace au moment du lancement de leur second train de liquéfaction Yamal 2. Il leur a fallu accélérer les rotations et donc limiter les temps de transport. Ils ont temporairement privilégié l’Europe au détriment de la route directe vers l’Asie, plus longue."

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