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« Monde d’après » la crise sanitaire : le regard de Francis Vallat du Cluster maritime français

océanLa crise mondiale due au coronavirus va-t-elle rebattre les cartes des échanges mondiaux comme le prédisent certains, ou tout va-t-il continuer comme avant ? Francis Vallat, Président d’honneur du Cluster maritime français, était l’invité du Propeller Club de Nantes Saint-Nazaire le 25 juin. Pour lui, les changements sont inévitables… mais devraient intervenir sur le long terme. 

Le Cluster maritime français, reprenant les chiffres de l’OCDE, prévoit qu’à l’horizon 2030, le secteur maritime pèsera 3 000 milliards de dollars, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. Pensez-vous que la crise mondiale due à la pandémie remette en cause ces prévisions ? 

Francis Vallat : La croissance de l’économie de la mer est irréversible. Elle constitue déjà le second secteur mondial derrière l’alimentation et va encore se renforcer. De nouvelles industries sont apparues, d’autres vont se développer. 

Quelles sont ces nouvelles activités liées à l’économie de la mer ? 

F.V. : Les énergies marines renouvelables, les biotechnologies, la richesse minérale des fonds marins, la désalinisation… les domaines sont très vastes. Ces activités ne peuvent que croître, ne serait-ce qu’à cause de la hausse de la démographie ou, et ça n’est pas un paradoxe, des contraintes environnementales. Mais attention la mer, malgré son immensité, est un monde fini, donc fragile. Or les océans jouent un rôle majeur dans l’équilibre de la planète. S’ils sont malades, du plastique ou du réchauffement par exemple, le monde le sera aussi et l’humanité menacée. La croissance doit impérativement être durable.

La crise liée à la pandémie va-t-elle remettre en cause les grands équilibres mondiaux ? 

F.V. : À long terme, nous pourrions assister à un rééquilibrage des excès de la mondialisation entre les pays qui produisent et ceux qui consomment. Certaines activités stratégiques pourraient être rapatriées, réduisant les grands voyages transocéaniques et la course au gigantisme des navires à laquelle nous assistons depuis plusieurs années.

Au-delà de l’aspect purement maritime, comment envisagez-vous ce qu’on appelle le « monde d’après » ?

F.V. : Aujourd’hui, chacun retient son souffle. Les risques économiques et sociaux sont tels, à court terme, qu’il paraît un peu vain d’envisager ce « monde d’après ». L’urgence est d’éviter le chaos qui, pour l’instant, a été limité par l’action déterminée des États, ainsi que de l’Europe. Mais l’ensemble des gouvernements n’échappera pas à l’inévitable débat de société, voire de civilisation, que la crise a lancé, montrant les risques encourus par l’humanité entière. Il leur faudra, dans un contexte économique et social défavorable, mettre en place des solutions qui préservent notre avenir et celui de la planète dans la durée. 

Quelles sont les difficultés à court terme ? 

F.V. : Elles sont multiples. Il convient avant tout de restaurer les équilibres fondamentaux tout en évitant les violences ou les situations insurrectionnelles liées au désespoir des plus fragiles. Nous devons réussir le challenge de l’intégration des jeunes, diplômés ou non, dans un marché du travail réduit. Le poids de la dette creusée par la crise constitue également un écueil important. 

Quelles sont les pistes pour éviter le chaos ? 

F.V. : Plus que jamais, les coordinations internationales doivent être renforcées ou refondées. Il s’agit du rempart le plus efficace contre les dérives nationalistes et la tentation du repli sur soi. Il convient de conserver les principes sains du libéralisme (en évitant les dérives de l’ultra-libéralisme) tout en le rééquilibrant avec deux obligations majeures : le social et l’environnemental. Nous sommes à la croisée des chemins. On sent que les choses peuvent basculer d’un extrême à l’autre.

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